lundi 14 mai 2012

“Fondamental d’être élue en Moselle”


Sur un nuage, la voix exaltée, les mots et les émotions qui se bousculent, Aurélie Filippetti vit des heures de victoire. La période de grâce sera courte. La députée doit repartir en campagne très vite avant de décrocher peut-être un poste au gouvernement.
Quoiqu'il en soit, la députée de Moselle, chargée de la culture dans l'équipe de François Hollande a pris de l'envergure et de la bouteille durant ces mois de campagne. 

Quel est votre état d'esprit après la victoire de François Hollande ?

Aurélie Filippetti : Je suis joyeuse. Il y a une forme d'accomplissement dans ce qu'il s'est passé après des mois de campagne. Je suis heureuse que les Français aient vu ce que j'avais vu en François Hollande. Un honnête homme. Quelqu'un qui restera égal à lui-même, qui ne sera pas emporté par l'ivresse du pouvoir. Il va instaurer une nouvelle manière de faire de la politique, au service des gens.

Pourquoi a t-il gagné ?

Il n'a commis aucune erreur dans sa campagne. Il l'a maîtrisée de bout en bout. Impeccable dans sa constance, dans sa rigueur. Il s'est préparé à cela depuis des années. C'est le meilleur connaisseur de l'histoire politique de notre pays. Il était vraiment prêt.

Y-a-t-il eu un moment qui a fait basculer sa campagne?

Le Bourget où il a prouvé sa détermination et sa force. Il a surpris énormément de monde en montrant qu'il avait une stature de président.

Décrivez-nous votre 6 mai.

Je suis allée voter à Metz, à l'hôtel de ville, puis j'ai fait le tour des bureaux de vote. J'ai déjeuné en famille avant de prendre le train dans l'après-midi direction Solférino (siège du PS) où j'ai assisté en direct aux résultats dans la rue. Ma fille était avec moi. Ce fut un grand moment d'émotion. Ensuite, j'ai participé à des émissions de télé. Avec Laurent Wauquiez, nous avons fait la fermeture de celui de TF1. Dans ma tête, je me disais. Faut qu'on arrête, je veux aller faire la fête. Ensuite, la Bastille. Je suis montée sur scène à la fin du discours de François Hollande pour chanter la Marseillaise. Je me suis couchée à 4h du matin. Pas fatiguée. J'ai discuté durant des heures avec ma mère et ma fille. Nous n'avions pas envie de dormir.

Qu'avez-vous ressenti au moment où le visage de François Hollande est apparu sur les écrans ?

Un souffle d'air à l'intérieur. Comme si toute l'énergie dépensée durant la campagne s'évacuait d'un seul coup. J'étais heureuse et stupéfaite. J'avais du mal à réaliser. C'est quand j'ai vu des policiers autour de François Hollande que je me suis rendue compte qu'il était président.

Avez-vous eu peur de la victoire de Nicolas Sarkozy ?

Non, j'étais confiante. Les Français avaient deux choix : continuer avec une présidence assez brutale, ou des solutions plus justes, plus équitables avec François Hollande.

Comment était François Hollande dimanche dernier, le 6 mai ?

Heureux, radieux, sans être euphorique. Une joie de l'intérieur sans exubérance avec une forme de pudeur. Nous avons tous conscience d'être désormais dans la responsabilité.

Que vous-a-t-il dit ?

Quelques mots....

Quel parallèle faites-vous avec la victoire de François Mitterrand ?

J'avais 8 ans en 1981 et j'étais à Audun-le-Tiche. A 38 ans, j'étais place de la Bastille... Ma mère m'a raconté qu'elle avait l'impression de revivre la même émotion, avec moins d'exubérance.

Quelle place cette campagne a-t-elle dans votre carrière politique ?

C'est un accomplissement de participer à une campagne présidentielle victorieuse, la plus grande aventure politique que l'on puisse vivre.

Et maintenant, quelle est votre suite ?

Les législatives. Il faut qu'il y ait une majorité à l'assemblée.

Et votre place dans le futur gouvernement ?

Je ne sais rien. François Hollande n'a rien promis à personne. Il nous a clairement dit que son équipe de campagne était là pour la campagne et que ce moment révélerait des personnalités. On verra.

De quoi avez-vous envie ?

D'être réélue députée. Il y a 15 jours, François Hollande nous a dit à Najet Belkacem et à moi : les filles faites bien campagne, je regarderai vos résultats... Pour moi, c'est fondamental d'être élue en Moselle. Le sens est très fort. François Hollande me parle très souvent de Gandrange et Florange. 

Cette campagne vous-a-t-elle changée ?

Incontestablement. Elle m'a donné une expérience sur des dossiers lourds autour de la culture. Elle m'a appris à observer la vie politique différemment. François Hollande a sillonné le pays durant 30 ans. Il le connaît comme sa poche. Et puis, ce n'était pas évident d'être responsable d'un pôle thématique. J'ai pu animer de grands meetings. Je ne me serai jamais cru capable de prendre la parole devant 20 000 personnes. François Hollande m'a également appris cela : ne pas se prendre trop au sérieux. 

Du coup, ferez-vous campagne différemment ?

Oui, j'aurai davantage confiance en moi dans mes prises de parole. 

Vous avez l'air plus épanouie ?

C'est vrai. 

Sur le fond, quels seront vos thèmes de campagne ?

Ceux que nous avons développé sur le plan national : la moralisation de la vie publique, l'éducation, l'industrie. On oublie trop souvent le fait que la Moselle est un département qui perd des habitants. Ce n'est pas un bon signe. Il faut recréer une dynamique industrielle. 

Un mot pour définir cette campagne ?

Juste. 

ArcelorMittal : force publique autorisée

Le tribunal de grande instance de Thionville a rejeté aujourd'hui un recours en référé des salariés d'ArcelorMittal de Florange (Moselle) qui demandaient l'annulation d'une ordonnance du 7 mars autorisant le recours à la force publique pour faire lever les piquets de grève de l'aciérie.

"Le tribunal n'a pas voulu annuler l'ordonnance, mais il l'a tout de même limitée à quatre mois", a indiqué à l'AFP Me Laurent Paté, l'avocat de l'intersyndicale CGT-CFDT, qui avait introduit ce recours et "réfléchit à l'opportunité d'interjeter appel".

L'ordonnance empêche "toute entrave au fonctionnement du site, à l'exercice du travail, à la circulation des biens et des marchandises, à la liberté du commerce et de l’industrie".

Elle faisait suite à une requête introduite par la direction du numéro un mondial de la sidérurgie qui arguait que ces blocages étaient illégaux et qu'ils lui portaient un grave préjudice économique et financier.

"C'est une petite avancée, mais on espérait une décision plus conforme à l'exercice du droit de grève", a commenté Me Paté, qui a par ailleurs observé que, depuis cette ordonnance, les actions syndicales n'ont pas cessé au sein de l'usine.

Les métallurgistes de Florange perturbent depuis le 20 février l'activité de l'aciérie mosellane pour obtenir de la direction le redémarrage des deux hauts fourneaux de l'usine, en sommeil depuis plusieurs mois.

La direction assure que cette mise en veille n'est que temporaire et qu'elle est rendue nécessaire par une baisse conjoncturelle de la demande mondiale d'acier.

Jean-Marc Ayrault promet une loi obligeant à vendre les usines « rentables » menacées de fermeture...

Jean-Marc Ayrault, conseiller spécial de François Hollande, s'est engagé mardi 24 avril 2012 à faire voter par "la future majorité parlementaire de gauche" une loi obligeant les groupes industriels à céder les usines "rentables" qu'elles voudraient fermer en France sans pour autant accepter de les vendre.
« Cette disposition législative, voulue par François Hollande et très attendue, s’inscrit dans notre stratégie de réindustrialisation et de relocalisation des entreprises », a précisé le député-maire socialiste de Nantes devant des journalistes à Metz. »Nous reprendrons la proposition de loi que nous avions déposée à l’Assemblée et qui avait alors été rejetée par la majorité sortante », a-t-il ajouté.

Le 24 février à Florange (Moselle), François Hollande avait déclaré devant les métallurgistes de l’aciérie ArcelorMittal -menacée de fermeture selon les syndicats – que lorsqu’une firme ne voulait plus d’une usine « rentable » et qu’elle ne voulait pas non plus la céder, « nous lui ferons obligation de la vendre pour que les repreneurs viennent ».

M. Ayrault a indiqué qu’il rappellerait cet engagement du candidat du Parti socialiste aux ouvriers d’ArcelorMittal, qu’il a rencontré en début de soirée à Florange.


Engagements sidérurgie Jean-Marc Ayrault

*LA SIDERURGIE, SECTEUR STRATEGIQUE POUR LA FRANCE*



En pleine crise économique, le monde du travail et notamment le mondeouvrier paie chèrement le prix des politiques d'austérité. La facture deces choix, imposés par la financiarisation de l'économie, pèseessentiellement sur leurs épaules.


De plus, la perte de compétitivité de notre économie, décriée par beaucoup,est accentuée par l'absence de politique industrielle. Cet amer constat estune réalité dénoncée depuis des décennies par les organisations syndicales.Or, en cette période charnière, où l'Allemagne devient une référence pourbon nombre de gouvernements européens, nous, salariés d'ArcelorMittal,affirmons haut et fort que l'excellence allemande se fait aussi dans nosterritoires.


En effet, les plus grands constructeurs automobiles allemandss'approvisionnent en Lorraine sur le site de Florange. Ce fleuron del'industrie française contribue à la création de richesses pour tout unbassin, pour toute une région et pour tout un pays. Donc, face à cettecrise sans précédent, la sidérurgie devrait faire partie de cetindispensable développement économique, social et sociétal.


Pourtant, malgré l'excellence de notre savoir-faire, un propriétaire privéprogramme la mort industrielle de notre site. Ce même propriétaire a d'oreset déjà détruit plusieurs millions de tonnes de capacité de production enEurope et en France. Ses choix purement spéculatifs ont engendré lasuppression de plus de 36 000 emplois en 6 ans. Il a pu réaliser tout celagrâce au silence assourdissant de la France et de l'Europe. Mittal fait ceque les gouvernements lui permettent de faire ou plutôt lui laisse faire.


Combien de milliers d'emplois supprimés ou de millions de tonnes perduesfaudra-t-il encore pour mettre un terme à cette désertificationindustrielle programmée par un spéculateur ?


Les salariés d'ArcelorMittal, eux, ont décidé de réagir en n'acceptant pluscette fuite en avant d'un capitalisme de plus en plus sauvage et meurtrierpour la France et pour l'Europe.


En conséquence, vous, élu(e)s ou futur(es) élu(e)s de la République, vousvous engagez par cette signature à faire de la sidérurgie, y compris àtravers la loi, un secteur indispensable et stratégique pour la France etpour l'Europe. Le futur gouvernement français s'engage à défendre cesecteur industriel en empêchant le Groupe Mittal de condamner des outils deproduction en France. Vous vous engagez aussi à rechercher d'autressolutions européennes afin d'asseoir durablement la production d'acier ausein de l'Europe. La sidérurgie est et doit rester aussi un des fleurons denotre industrie.


A Florange, le 24 avril 2012

"Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage"

INTERSYNDICALE: LETTRE OUVERTE

4 mai 2012: Vers les Grands-Bureaux de Florange à la rencontre de Renaudin

dimanche 13 mai 2012

Des quotas de CO 2 qui rapportent

ArcelorMittal aurait gagné de l’argent grâce à la mise en sommeil de ses aciéries. Des élus dénoncent cette dérive.

L’allocation des quotas d’émission de CO2 a été mise en place en 2005.
ArcelorMittal est un exemple flagrant de cette dérive et de ce dévoiement de la réglementation sur les quotas de CO 2. » Le sénateur socialiste mosellan Jean-Marc Todeschini dénonce un état de fait constaté ces deux dernières années et révélé par Le Monde. Le groupe sidérurgique aurait vendu, en 2010 et 2011, pour 233 millions de dollars de droits à polluer non utilisés. C’est le rapport du cabinet londonien Carbon Market Data, qui place ArcelorMittal en tête des plus gros revendeurs de quotas de CO 2. Il faut savoir que ces droits à polluer sont attribués gratuitement par la puissance publique, à savoir la Commission européenne. Ces droits varient selon le cours du marché du carbone.
En 2010, ArcelorMittal aurait cédé pour 140 millions de dollars de quotas d’émissions de dioxyde de carbone, 93 millions en 2011. Le numéro un mondial de l’acier aurait, selon ce rapport, économisé, entre 2005 et 2010, jusqu’à 156 millions de tonnes de quotas d’émissions de CO 2 grâce notamment à la mise en sommeil de ses installations en Europe, dont Florange.
L’arrêt, certes toujours provisoire des hauts fourneaux P3 et P6 intervenu en juin et octobre 2011, a ainsi permis au groupe d’économiser 38 % des quotas alloués, soit plus de 1,5 Mt représentant un gain potentiel de près de 11 M€.

Une réforme en vue

« C’est un vrai scandale », a dénoncé la CFDT de Florange. « Mittal gagne de l’argent au détriment de l’emploi et de l’environnement », ajoute Jean-Marc Todeschini, qui veut s’employer au Sénat « à corriger les règles qui régissent les quotas de CO 2. Nous souhaitons que les allocations de quotas pour les installations cessant partiellement leur activité puissent être réduites en conséquence. Et le prochain programme national d’allocations de quotas, couvrant la période 2013-2020, devra prévoir de telles dispositions. »
Une revendication qui devrait être entendue du côté de Bruxelles où la Commission européenne envisagerait de faire le ménage pour lutter contre les effets d’aubaine suscités par l’actuelle réglementation.
Cette dernière ne prenait en compte que l’arrêt définitif d’une installation, mais jamais la baisse d’activité. Ainsi, l’arrêt définitif de l’aciérie de Gandrange avait de facto exclu cette dernière du périmètre des allocations de quotas de CO 2.