mardi 15 mai 2012

Le village gaulois de retour à Florange

14 e semaine de conflit pour les Mittal. Dans une lettre ouverte, les syndicats interpellent les candidats aux législatives et proposent un débat public sous la tente du village gaulois. Qui reprend du service demain.

« Notre production rapportait beaucoup d’argent quand la filière se portait bien. 70 % étaient vendus à l’étranger », assure Édouard Martin.

Ils avaient donné rendez-vous à François Hollande le 7 mai. Finalement, ce sera le 16. La tente, cette fois, sera plantée devant l’usine à froid de Florange, avec invitation lancée aux candidats à la députation.

Vous attendez quoi de cette action, demain ?
Édouard MARTIN, délégué CFDT : « On entre dans une nouvelle phase de campagne électorale. Or, cet été, Mittal prendra sa décision. Il l’a dit, il n’a pas besoin de Florange, même pas pendant les quatre mois d’arrêt du fourneau de Dunkerque. Et il n’attend même pas la décision de l’Europe quant à Ulcos. »
Voilà qui laisse présager le pire…
« C’est pour ça qu’on interpelle les candidats, qu’on demande un front commun. En Allemagne, les politiques savent parler d’une seule voix sur des sujets aussi graves. À eux de nous dire ce qu’ils comptent faire concernant l’industrie sur notre territoire. »

Vous y croyez encore à la politique qui peut faire bouger Mittal ?
« Seule la politique peut faire bouger Mittal. Le projet de loi qui l’empêcherait d’abandonner ses entreprises, est-ce qu’ils y croient ou pas ? Il devrait être prêt pour août. »

Ne pensez-vous pas qu’un projet de loi pour août n’est pas raisonnable ?
« C’est vrai, l’agenda politique n’a rien à voir avec l’agenda économique. Mais les choses pressent. Il faut une vraie cellule au ministère. Une cellule où se décide la stratégie industrielle de la France. »

Une cellule avec Édouard Martin à l’intérieur ?
« Depuis 2008, on me dit que je prépare ma carte perso. Et je suis toujours là. On a même dit que je serai le successeur d’Aurélie Filippetti ! Je suis prêt à mouiller ma chemise, mais pas à en faire un métier. Vous pensez comme Morano, que je serai le prochain Chérèque ? »

Pas si délirant. Vous avez misé Hollande…
« On a surtout misé contre Sarkozy. On a vite compris qu’il n’allait pas nous aider. Hollande, on le jugera aux actes. La preuve, la tente, on la remonte. Cette loi, on la propose depuis janvier. On donne son esprit. On n’est pas juriste. S’il faut plus de temps pour l’affiner… certes, mais il faut que Hollande mette en garde Mittal. »

Peut-il vraiment avoir prise sur Mittal ?
« Mittal fait ce qu’il veut. Mais Junker commence à se rebeller. Il y a des choses qui bougent. L’Europe représente 45 % de sa production. France, Luxembourg, Belgique, Italie, Espagne : tous peuvent se réunir et convoquer Mittal pour lui tenir un discours de fermeté. Neuf hauts fourneaux, aciérie et laminoir sont à l’arrêt en Europe. Le jour où l’Europe pourra s’approprier ces outils, Mittal agira peut-être différemment. »

Si tout est entre les mains de l’Europe, votre lutte n’est-elle pas vaine ?
« Nous n’avons pas la force de le faire plier. Mittal maîtrise les données stratégiques du groupe. Ni grève ni blocage n’étaient envisageables sans risque de voir l’usine fermer plus tôt. »
Sans soutien des salariés…
« C’est notre faiblesse et la direction en joue. Les gens ont besoin de travailler, ils ont peur. On a du soutien, mais pas physique. »

La surmédiatisation a-t-elle fragilisé l’intersyndicale ?
« Mittal est très sensible à l’image renvoyée à l’extérieur. Il nous en veut à mort. Ce n’est pas la surexposition, le problème. C’est l’envie de faire. Quatorze semaines de conflit, c’est trop long. Le combat de coq, ce n’est pas moi qui l’ai initié. Cette lutte, j’y crois. Nous réunissons toutes les conditions pour que cette usine ait un avenir. Je suis persuadé qu’un repreneur pourrait sortir du bois grâce à la qualité de nos produits. Nous dégageons des bénéfices quand nous tournons à 100 % ! Je suis peut-être utopiste, mais si d’autres ont de meilleures idées, on est preneurs. »
Propos recueillis par Laurence SCHMITT. 


Tombé du Ciel

lundi 14 mai 2012

“Fondamental d’être élue en Moselle”


Sur un nuage, la voix exaltée, les mots et les émotions qui se bousculent, Aurélie Filippetti vit des heures de victoire. La période de grâce sera courte. La députée doit repartir en campagne très vite avant de décrocher peut-être un poste au gouvernement.
Quoiqu'il en soit, la députée de Moselle, chargée de la culture dans l'équipe de François Hollande a pris de l'envergure et de la bouteille durant ces mois de campagne. 

Quel est votre état d'esprit après la victoire de François Hollande ?

Aurélie Filippetti : Je suis joyeuse. Il y a une forme d'accomplissement dans ce qu'il s'est passé après des mois de campagne. Je suis heureuse que les Français aient vu ce que j'avais vu en François Hollande. Un honnête homme. Quelqu'un qui restera égal à lui-même, qui ne sera pas emporté par l'ivresse du pouvoir. Il va instaurer une nouvelle manière de faire de la politique, au service des gens.

Pourquoi a t-il gagné ?

Il n'a commis aucune erreur dans sa campagne. Il l'a maîtrisée de bout en bout. Impeccable dans sa constance, dans sa rigueur. Il s'est préparé à cela depuis des années. C'est le meilleur connaisseur de l'histoire politique de notre pays. Il était vraiment prêt.

Y-a-t-il eu un moment qui a fait basculer sa campagne?

Le Bourget où il a prouvé sa détermination et sa force. Il a surpris énormément de monde en montrant qu'il avait une stature de président.

Décrivez-nous votre 6 mai.

Je suis allée voter à Metz, à l'hôtel de ville, puis j'ai fait le tour des bureaux de vote. J'ai déjeuné en famille avant de prendre le train dans l'après-midi direction Solférino (siège du PS) où j'ai assisté en direct aux résultats dans la rue. Ma fille était avec moi. Ce fut un grand moment d'émotion. Ensuite, j'ai participé à des émissions de télé. Avec Laurent Wauquiez, nous avons fait la fermeture de celui de TF1. Dans ma tête, je me disais. Faut qu'on arrête, je veux aller faire la fête. Ensuite, la Bastille. Je suis montée sur scène à la fin du discours de François Hollande pour chanter la Marseillaise. Je me suis couchée à 4h du matin. Pas fatiguée. J'ai discuté durant des heures avec ma mère et ma fille. Nous n'avions pas envie de dormir.

Qu'avez-vous ressenti au moment où le visage de François Hollande est apparu sur les écrans ?

Un souffle d'air à l'intérieur. Comme si toute l'énergie dépensée durant la campagne s'évacuait d'un seul coup. J'étais heureuse et stupéfaite. J'avais du mal à réaliser. C'est quand j'ai vu des policiers autour de François Hollande que je me suis rendue compte qu'il était président.

Avez-vous eu peur de la victoire de Nicolas Sarkozy ?

Non, j'étais confiante. Les Français avaient deux choix : continuer avec une présidence assez brutale, ou des solutions plus justes, plus équitables avec François Hollande.

Comment était François Hollande dimanche dernier, le 6 mai ?

Heureux, radieux, sans être euphorique. Une joie de l'intérieur sans exubérance avec une forme de pudeur. Nous avons tous conscience d'être désormais dans la responsabilité.

Que vous-a-t-il dit ?

Quelques mots....

Quel parallèle faites-vous avec la victoire de François Mitterrand ?

J'avais 8 ans en 1981 et j'étais à Audun-le-Tiche. A 38 ans, j'étais place de la Bastille... Ma mère m'a raconté qu'elle avait l'impression de revivre la même émotion, avec moins d'exubérance.

Quelle place cette campagne a-t-elle dans votre carrière politique ?

C'est un accomplissement de participer à une campagne présidentielle victorieuse, la plus grande aventure politique que l'on puisse vivre.

Et maintenant, quelle est votre suite ?

Les législatives. Il faut qu'il y ait une majorité à l'assemblée.

Et votre place dans le futur gouvernement ?

Je ne sais rien. François Hollande n'a rien promis à personne. Il nous a clairement dit que son équipe de campagne était là pour la campagne et que ce moment révélerait des personnalités. On verra.

De quoi avez-vous envie ?

D'être réélue députée. Il y a 15 jours, François Hollande nous a dit à Najet Belkacem et à moi : les filles faites bien campagne, je regarderai vos résultats... Pour moi, c'est fondamental d'être élue en Moselle. Le sens est très fort. François Hollande me parle très souvent de Gandrange et Florange. 

Cette campagne vous-a-t-elle changée ?

Incontestablement. Elle m'a donné une expérience sur des dossiers lourds autour de la culture. Elle m'a appris à observer la vie politique différemment. François Hollande a sillonné le pays durant 30 ans. Il le connaît comme sa poche. Et puis, ce n'était pas évident d'être responsable d'un pôle thématique. J'ai pu animer de grands meetings. Je ne me serai jamais cru capable de prendre la parole devant 20 000 personnes. François Hollande m'a également appris cela : ne pas se prendre trop au sérieux. 

Du coup, ferez-vous campagne différemment ?

Oui, j'aurai davantage confiance en moi dans mes prises de parole. 

Vous avez l'air plus épanouie ?

C'est vrai. 

Sur le fond, quels seront vos thèmes de campagne ?

Ceux que nous avons développé sur le plan national : la moralisation de la vie publique, l'éducation, l'industrie. On oublie trop souvent le fait que la Moselle est un département qui perd des habitants. Ce n'est pas un bon signe. Il faut recréer une dynamique industrielle. 

Un mot pour définir cette campagne ?

Juste.